mercredi 8 août 2018



Depuis quelques jours, le tout petit monde de la généalogie sur les réseaux sociaux partagent autour des recherches ADN généalogique.

Il y a 3 jours, Guillaume DE MORANT était au coeur d’un reportage au JT du soir de M6. Puis c'est Clément BECLE avant-hier qui publiait un billet sur son blog expliquant sa position très en retenue sur ce sujet, présentant les travers potentiels de ces recherches. En réponse, Sophie BOUDAREL a publié hier un article sur le même sujet, s’ouvrant notamment sur l’information sortie fin Juillet d’un accord entre la société 23andMe et le laboratoire Glaxo SmithKline Beecham sur l’utilisation de certaines données collectées provenant d’utilisateurs ayant donné leur accord à cet usage.

Je ne suis pas un spécialiste de l’ADN, pas plus que de sa déclinaison dans sa part consacrée à la généalogie. Je ne suis pas juriste, ni expert dans les assurances. Je vais donc donner ici mon simple sentiment en tant que simple généalogiste amateur et potentiel client de ces différentes sociétés, celle-ci présentant régulièrement des articles faisant la promotion de leurs offres.

La perspective d’utiliser mon ADN à des fins de recherches généalogiques me plait beaucoup sur le plan théorique. Moi qui comptabilise mes ancêtres, en leur affectant des numéros (Sosa), en les classant par génération, par quartier, en parcourant les moments de leur vie, et en suivant leur migration sur des cartes, pouvoir obtenir de telles informations avec un simple prélèvement salivaire à quelque chose d’incroyablement « magique ». 

Exemple résultat cartographique - iGenea

La promesse de trouver quelques cousins à travers le monde, rien qu’en suivant le fil d’un brin d’ADN semble si simple. Aussi simple que ce que nous offre la technologie actuelle, où plus personne ne s’étonne de faire une visio gratuitement en Skype depuis le Japon avec sa grand-mère restée dans son village en Lozère.

Ca, c’est l’apport, le bénéfice.

Il y a ensuite le risque. Puisque dans chacun de ses choix, de manière consciente ou pas, l’être humain évalue le rapport bénéfice / risque, y compris dans le domaine médical.

Pour moi, le risque se situe principalement à deux niveaux:

Le premier a été abondamment commenté ces derniers jours sur Twitter. Les entreprises actuelles qui commercialisent ces tests ne le font pas par philanthropie. Ce sont des sociétés (la plupart américaines) qui souhaitent en tirer des bénéfices. Certaines sont adossés à des sites généalogiques (comme MyHeritage), d’autres proposent des kits pour la généalogie en parallèle d’offres autour de la santé (comme 23andMe)
Elles ont TOUTES un objectif principal: collecter le plus de données fiables. La donnée (la data en anglais), le pétrole du 21ème siècle. 
Car celui qui possède les données, permet alors de les analyser et d’en tirer tout type d’informations.

Sur le plan philosophique, que 23andMe vendent des données à un laboratoire pharmaceutique, pour que celui-ci les utilise en vue de recherches médicales pour créer de nouveaux vaccins, ou médicaments, j'en suis le premier partisan.
La connaissance du passé doit aussi nous servir pour nous prémunir médicalement dans le futur. Je pense invariablement aux recherches sur la mucovisidose qu’effectue Nadine PELLEN, associée avec plusieurs associations généalogiques

C’est dans le cadre de ces recueils de données que la RGPD (Réglement Général pour la Protection des Données ou GDPR en anglais) est entré en vigueur en Europe depuis le 25 Mai dernier. 

Ce qui me dérange plus, c’est d'imaginer ces mêmes sociétés vendre leurs données à des assureurs par exemple. 
En Novembre dernier, j’ai participé comme bénévole au salon des MICI (Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin) où j’étais chargé de passer les supports de présentation des différentes conférences. Ce qui m’a permis de toutes les écouter. L’une m’avait interpellé sur le thème de la difficulté d’obtention d’un prêt pour les patients atteints de ces maladies. Le montant des surprimes étant si élevé que certains patients mentent en omettant de déclarer la maladie, d’autres se retrouvent dans l’incapacité d’emprunter.
Clément mentionne un souvenir de ces études où l’un de ses professeurs avait eu le malheur d’écrire sur un dossier qu’un patient pouvait être atteint d’une maladie. Mention qui avait pourri toute la vie de ce patient, qui au final, n’avait pas cette maladie mais avait du en payer les conséquences.
Ce cas n’est malheureusement pas isolé, car les assurances fonctionnent également aux bénéfices / risques. C’est pour cela que l’on vous fait remplir un questionnaire de santé, voir passer des examens médicaux. Plus vous êtes en risque, plus votre police d’assurance sera élevé. Ce qui n’est pas illogique non plus.
Imaginons maintenant qu’une grande société d’assurance mondiale arrive à récupérer une partie de vos données génétiques. Là où 23andMe par exemple se vante de pouvoir évaluer vos risques de développer telle ou telle maladie.
Que pensez-vous que fera cette société d’assurance en découvrant que votre ADN contient certains marqueurs que l’on relève sur les personnes atteintes de la maladie de Parkinson ?
Pour moi. Ou mes enfants dans quelques années. Ou mes petit-enfants dans quelques décennies ? Puisqu'ils partageront tous une part de mon ADN.

Bien entendu, on va me rétorquer qu’ils ont des conditions d’utilisation, qui imposent un certain nombre de choses. Il faut juste savoir que les sociétés américaines sont soumises aux lois américaines, partout dans le monde. Elles protégeront les données de citoyens américains si la loi leur impose. Mais probablement pas les données de citoyens d’autres pays à travers le monde (pour rappel, la NSA avait le droit d’écouter les conversations du monde entier, à l’exception des américains situés sur le sol américain. Au final, ils écoutaient tout le monde).

Le second risque que je vois, je l’ai régulièrement cité, mais je ne l’ai pas beaucoup vu lors de nos échanges récents sur Twitter.
Le travail de tout généalogiste amateur est de constituer un arbre (en ascendance, en descendance, sur un nombre de collatéraux particuliers ou pas, sur des branches patronymiques ou autres). Cet arbre se construit aux travers de documents administratifs, attestant là des filiations, là des événements de la vie de nos ancêtres.
C’est un arbre que je vais qualifier d'administratif.

Une des promesse de l’ADN généalogique, c’est de fournir l’ébauche d’un arbre du sang (c'est une image, puisque c'est en réalité un arbre génétique). 
Dans mon cas, l’arbre "administratif" que je constitue pour mes 2 garçons indique qu’à part une petite branche provenant d’Angleterre au 17ème siècle, nous n’avons que de bons paysans français à mettre sur les feuilles de nos arbres.

Une autre promesse de l’ADN généalogique, c’est de pouvoir voir un peu plus loin que les sources habituelles en matière généalogique.

C’est là que je me pose cette question toute bête: Et si je découvre qu’au lieu d’avoir des racines provenant en quasi totalité d’Europe de l’Ouest, j’observe un certain pourcentage provenant d’Afrique du Nord, et un autre d’Europe de l’Est ?

Au final, cela indiquerait surtout que l’adage « Maman sûr, papa peut-être » se vérifie à nouveau. Mais alors faut-il continuer les recherches dans les archives puisqu’au final, une branche complète se trouve en décalage entre l’administratif et le scientifique.
On en revient au même sujet que l’enfant adopté qui souhaite faire son arbre du sang (s’il connait l’un et/ou l’autre de ces parents biologiques) et son arbre de coeur pour ses parents adoptifs.


Je suppose que vous avez compris à ma prose qu’à ce stade, j’évalue qu’un test génétique apporte plus de risques que de bénéfices selon mon point de vue. 
Je serais (ou mon épouse) issu d’une famille multi-culturelle, aux multiples nationalités, avec autant de difficultés à poursuivre des recherches « classiques », le bénéfice irait en s’accroissant. Et j’aurais de facto un autre discours.

C’est donc au niveau des risques que je vais espérer des évolutions. Notamment une évolution de la loi française pour que des laboratoires français puissent proposer de tels tests, tout en garantissant une confidentialité sur le long terme.


PS: si vous aussi, vous vous interrogez, prenez bien soin de lire l'excellent article de @chroniques92 sur le sujet. Au moins, vous pourrez vous lancer dans l'aventure en toute connaissance de cause.





7 commentaires:

  1. Comme tu le dis à la fin, il est important de faire une analyse personnelle bénéfice/risque, et chacun devrait le faire avant de se lancer dans cette aventure. C'est sur mes branches hors France que j'ai trouvé des correspondances, c'est pour elles que j'ai fait ces analyses, et la curiosité a été plus forte que l'analyse des risques - existants et réels - que j'avais faite. Ce qui importe, c'est de faire un choix en connaissance de cause

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    1. C'est bien ma grande crainte quand je vois les pubs fleurir. Les gens vont être tentés, sans vraiment réfléchir aux conséquences.

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  2. Si je dois faire ma balance bénéfice / risque personnelle :
    bénéfice : très peu, puisque je trouve qu'on s'éloigne grandement de la géénalogie, qui sent bon les vieux documents et les histoires d'Hommes.
    risque : très grand, de voir mes données analysées, et me voir mis à nu sans l'avoir demandé.
    conclusion : je ne me lance pas aujourd'hui.

    Belle synthèse en tout cas.

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    1. Comme toi Clément je ne retrouve pas le plaisir de ma passion dans un test ADN, d'où mon sentiment personnel de l'inutilité d'en faire un, en sus des éventuels problèmes et déviances liés à une exploitation des résultats

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  3. J'habite aux USA et les tests ADN pour poursuivre sa généalogie sont toute la rage depuis plusieurs années: il faut tester TOUT le monde que l'on connait afin de trouver LES cousins, la branche qui manque, l’ancêtre qui est venu de Petahouschnock....! J'ai choisi un milieu très modeste: j'ai obtenu leur permission et fait tester mes parents qui ont plus de 90 ans et moi-même. Comme ça j'assure au moins que leur ADN est préservé pour les générations futures. Mais pour les raisons que vous citez tous, je n'ai demandé à personne d'autre dans ma famille. Je comprends les Américains qui sont une mixture de tant de nationalités de vouloir en savoir plus, mais je ne vois pas ce que ça m'apporte vu que mon arbre "administratif" est centré sur la France,l'Italie, la Belgique et le Luxembourg. Je n'ai pas encore trouvé de "cousins" ADN car si peu d’européens ont testé jusqu'à maintenant. Mais ce qui est intéressant pourtant c'est de remarquer que ma mère a des tas de cousins TRÈS éloignés, la plupart en Angleterre. Sa famille vient du Sud de la Charente et si on connait un peu son histoire on sait que l'Aquitaine et toute cette région ont été longtemps Anglaise. Hum! Ça fait quand même réfléchir! Annick H.

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  4. Il y a de nombreux biais dans ces analyses ADN d'entreprises commerciales. Par exemple la comparaison des ADN se fait avec des ADN actuels. Quand on vous dit que vous avez 2% d'ADN "croate", ça ne veut pas dire que vous aviez un ancêtre croate en 1750, ça veut dire que vous avez 2% de marqueurs communs avec les croates actuels. Dans des îles ça peut marcher (quoi que les marins de passage existent) mais dans des zones de fort passage (comme les Balkans) c'est illusoire. D'autre part quand on parle d'ADN d'un pays, ça ne veut rien dire, c'est quoi l'ADN luxembourgeois ou russe ou chinois ? Dans un cas le pays est tellement petit qu'il n'y a pas de marqueur distinctif dans l'autre il n'y a rien de commun entre les deux côtés du pays... D'autres biais signalés sur le blog de FGW http://www.francegenweb.org/blog/index.php?post/2018/06/25/ADN-et-G%C3%A9n%C3%A9alogie-VIIIe

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  5. Vous êtes drôles et bizarres les Français! Vous rendez-vous compte du fait que vous êtes en train de devenir un désert généalogique et génétique? Encore une fois, vous allez vous empêtrer dans des retards par pure peur d'avoir peur et de conservatisme déconnecté. Vous avez eu 20 ans de retard sur les grands pays dans le développement du simple téléphone autour des années 70! 10 ans sur Internet dans les années 1990-2000 à cause du Minitel. De 20 à 30 ans, et vous n'en êtes pas encore sorti, sur les questions sexuelles comme l'égalité effective des sexes, l'homosexualité, le mariage entre personnes de même sexe, les questions d'identité sexuelle en général. Au Québec, nous avons réglé tout ça il y a 30 ans! 30 ans!!!

    En généalogie génétique la France est un trou! C'est le désert, le vide, le néant. Les Québécois essaient de faire le lien avec leurs ancêtres de France : rien. Il faut passer par-dessus le trou et se tourne vers les habitants des territoires qui ont "envahi" ou "passé" par la France. On sait seulement que nos ancêtres sont passés par la Suisse, l'Espagne, l'Italie, aa Grande-Bretagne avant de tomber dans "le" trou!

    Vous avez peur de découvrir que vous n'êtes pas si Français que ça et que votre grand-père était cocu! Bienvenue dans la réalité. Mais c'est quoi cette peur de la réalité?!

    Et les assurances! Il est justement le temps de se poser des questions sur les assurances. Oui, ils veulent évaluer le risque pour ne pas en prendre, idéalement ne rien payer ou le moins possible. C'est tellement vrai que, face à ce problème qui mine l'assurance santé aux États-Unis, Obama, dans sa législation, leur a DÉFENDU d'évaluer le risque. Ils doivent assurer ceux qui ne le sont pas sans égard au risque. Vous assurez, fixez la prime et payez. Exactement comme pour les régimes publics! Ce qu'il faut, ce n'est pas défendre la généalogie génétique mais défendre les pratiques actuelles des assureurs!

    Alors, les Français, soyez des limbes et bienvenue dans le 21ème siècle
    😁😁
    Normand

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