mardi 28 juin 2016


Voila un article qui ne va probablement pas m'apporter de nouveaux amis, mais il n'est pas écrit pour cela.
En matière de système d'information (plus prosaïquement d'informatique), on parle de standard pour décrire un état normatif. En matière d'échanges informatique, ce standard se doit d'être ouvert, c'est à dire que tout le monde doit connaitre la façon dont est constituée ce standard, afin de s'assurer qu'un maximum d'applications puissent échanger des informations entre elles.

Pour l'informatique appliquée à la généalogie, un tel format standard existe : le gedcom.

Le gedcom (pour Genealogicial Data Communication ou communication de données généalogiques) est un format de fichier informatique créé par l'Eglise des Saints des Derniers Jours (plus connu sous le nom des Mormons) afin de faciliter les échanges de données avec leur logiciel maison, Personal Ancestral File (mon premier logiciel).
Créé en 1984 dans sa version 1.0, ce format a évolué jusqu'à la version 5.5 sorti à la fin de l'année 1995. Oui, vous avez bien lu: 1995. Il y a maintenant plus de 20 ans. A cette date, la plupart des majors de l'informatique actuelle n'existaient tout simplement pas. L'informatique à la maison était en voie de démocratisation.
Et depuis, ce standard n'a pas bougé. Il y a bien eu des tentatives d'évolutions, mais sans suivi, avec le résultat actuel: le format gedcom est resté fixé à la version 5.5.

20 ans plus tard, Internet a bouleversé le monde en général et celui de la généalogie en particulier. On peut se connecter quasiment n'importe où dans le monde, avec des terminaux mobiles et sans fil. On peut faire une communication par vidéo avec son cousin situé à l'autre bout du monde, avec une qualité exceptionnelle. Je peux lui envoyer une vidéo de mes enfants en quelques secondes et il peut réagir dessus dans l'instant.

Mais pour échanger mes données informatiques avec ce cousin, si nous avons deux logiciels informatiques différents, il faut que l'on passe par un fichier au format texte, technologie totalement archaïque ne permettant pas par exemple d'échanger des photos, des vidéos, des enregistrements sonores.

Alors au final, ce n'est pas dramatique. Depuis Heredis, j'ai pris l'habitude d'exporter un gedcom et de l'importer dans différents logiciels pour tester les nouvelles versions. Et je n'observe pas de perte monstrueuse d'informations lors de ce passage. Mais très concrètement, un standard qui ne bouge pas en 20 ans, ce n'est plus un standard. Qui plus est dans le monde informatique où Facebook, un logiciel utilisé par près d'un humain sur six (qu'on l'apprécie ou pas) a 10 ans de moins que notre bon vieux gedcom. C'est tout simplement une antiquité.

J'entends déjà les partisans du standard pousser des cris d'orfraie à la lecture des paragraphes précédents. Et m'expliquer avec force (parfois trop) que tout est de la faute des marchands du temple que sont les sociétés commerciales qui ont fait dévier l'ensemble en ne respectant pas ce standard.
Sans comprendre que c'est parce que le standard n'évoluait plus, dans un environnement qui lui évolue à la vitesse grand V que ces éditeurs ont pris des libertés.

Et on tombe là sur un second écueil: l'arrêt du suivi par les Mormons. Car aujourd'hui, aucune société ne peut se permettre de partir seule sur une évolution du standard, avec le risque de ne pas être suivie par ses concurrents.

Heureusement pour nous, en 2012, la société FamilySearch (la société généalogique des Mormons) a lancé un projet nommé Gedcom X, basé sur un modèle de fichier XML, format moderne qui permet un échange de données plus large qu'un trop classique fichier texte comme le Gedcom.
Mais au delà du format électronique lui-même, c'est aussi une mise en évidence des sources et des preuves par exemple qui est recherché. Car les usages et les outils ont évolué.
Lors du dernier salon Rootstech de ce début d'année 2016, une conférence dédiée à ce sujet a été conduite auprès de nombreux développeurs du monde entier.
Gageons que d'ici quelques temps, nous pourrons alors profiter d'un nouveau standard, plus complet et qui permettra de cesser les inévitables querelles sur le respect (ou non) du standard.

Je terminerais juste (pour anticiper les commentaires que j'imagine déjà) en indiquant que cette vision d'un gedcom trop ancien n'est pas uniquement la mienne. Et je me permet de citer ce passage (en anglais)

"In the past, genealogical software was primarily used to manage somebody's family tree. In order to share those conclusions with their family or to transport their conclusions to a new computer, the conclusions had to be saved to a disk. GEDCOM was the name of the standard way to save that data to disk.
The world has shifted. Computers are being used much more broadly across all aspects of the genealogical research process. With the arrival of the Internet and the World Wide Web, genealogists are using computers to:
  • Make records available online as digital artifacts
  • Extract and annotate online artifacts so as to make them searchable
  • Search for records and other genealogical information
  • Make conclusions based on sound evidence found in records
  • Support conclusions by accurately citing the sources of the evidence
  • Identify contradictory evidence and alternate theories
  • Share and collaborate on genealogy work
The GEDCOM X project defines a set of specifications, libraries, and tools that can be used to exchange the data for these kinds of activities."

 
Ce passage est tout simplement tiré du site dédié au Gedcom X, créé justement par FamilySearch, l'initiateur du Gedcom.


8 commentaires:

  1. Votre article est intéressant, mais je n'ai pas voulu attraper des nausées en lisant la fin qui est en anglais. Dommage !

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    1. Si la lecture de l'anglais vous donne la nausée, j'imagine que vous avez du bondir de joie la semaine dernière avec le Brexit.

      En synthèse, les Mormons expliquent le pourquoi de la création du Gedcom et que le monde a évolué depuis. Et qu'il convient de faire évoluer le modèle, d'où le projet Gedcom X.

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    2. J'ai également du mal à comprendre l'anglais... mais j'avais donc bien compris qu'il ne s'agit que d'un projet à l'étude et en voie de développement. Un grand merci pour ce billet extrêmement clair, synthétique et modéré. Mais, il est vrai que ces questions de normes et de standards déchainent les passions.

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  2. Pas du tout certain que gedcom X devienne un jour le nouveau standard. Même si je n'ai pas une bien grande maîtrise de l'anglais, les normes proposées ne sont guère différentes si ce n'est quelques informations supplémentaires et la prise en compte un peu plus précise des justificatifs (pas certains que ces sources seront alors toutes des preuves).
    De plus, ce me semble bien trop tard pour réussir une quelconque standardisation sans aucune querelle : beaucoup trop d'éditeurs (commerciaux ou libres) ont ajoutés des items trop différents. Comment une standardisation contemporaine pourrait-elle faire l'unanimité si elle part des normes gedcom 5.5 de 1995 et qu'elles les adaptent comme semblerait vouloir le faire le projet gedcom X?
    Tant mieux si je me trompe. Tant pis si j'ai mal compris/interprêté...

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    1. Beaucoup se sont éloignés en effet. Est ce une raison pour que l'un d'entre eux prennent l'initiative d'un format standard plus à la page ? Je ne le pense pas. Mais c'est un risque que seule une grosse structure peut prendre. Ou alors une société innovante.

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  3. Le gedcom, on croit savoir à quoi il sert, mais sans plus. Ce soir j’ai mieux compris l’enjeu de ce format. Merci de nous rendre plus intelligent grâce à ce superbe #ChallengeAz

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  4. Pour ceux qui me connaissent, ils ne seront pas étonnés que je soutienne à 100/100 cette évolution et adieu aux éditeurs qui ne s'adapteront pas à cette nouvelle norme. D'ailleurs depuis plus de 20 ans que je saisi mes données dans un logiciel je ne compte plus le nombre de logiciel disparus faute d'adaptation.

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  5. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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