mardi 3 juin 2014


Deuxième article du Challenge AZ, et j'attaque par une insulte.

Bien entendu, cette insulte fait écho à une période de l'Histoire pour laquelle nous avons tous, généalogistes ou pas, un certain nombre de souvenirs ou d'histoires en tête.

Char américain à Huelgoat - 1944 - Wikimedia Commons
Deux petites tranches de vie à relater pour ce billet sur le thème de la Seconde Guerre Mondiale. Alors que d’ici 3 jours (si je ne me suis pas trompé), nous fêterons les 70 ans du Débarquement en Normandie, avec la présence notamment du président américain Barack OBAMA sur les plages normandes pour rendre hommage aux vétérans des pays alliés.

Ma belle-mère, née en Seine et Oise un an avant la guerre, passa le début de son enfance chez ses grands-parents en Bretagne occupée, dans les Côtes d’Armor.

Nous la retrouvons à Bourbriac, petite commune à quelques dizaines de kilomètres. Elle accompagne à pied sa tante Marceline lorsqu’elles croisent une patrouille allemande dans les rues de la ville.

C’est au moment de les croiser que la petite fille, âgée alors de 5 ans lâche les mots malheureux:
« Sales Boches » 
La réaction des soldats allemands est immédiate. Ils arrêtent la tante et sa nièce sur le trottoir. 

« Qu’a t’elle dit ?»
Le silence est lourd, alors que Marceline réfléchit à une solution pour les tirer de ce mauvais pas. Lorsque son regard se pose à nouveau sur sa nièce qui l’a mise dans l’embarras.

Quelques semaines auparavant, le grand-père de la petite fille lui avait trouvé un petit sac à main, qui ne quitte plus l’enfant. Eureka !

« Sacoche». Elle montre alors le petit sac à main de sa nièce. 

« On lui a offert cette sacoche il y a quelques jours. C’est ce qu’elle a dit. Sacoche.» 
Les soldats n’ont pas cherché plus loin et ont laissé partir la femme et l’enfant, qui n’ont pas tourné la tête s'empressant de rentrer chez elles, tout en remerciant la vivacité d'esprit de la tante Marceline.

A quelques kilomètres et semaines de là, nous retrouvons mon beau-père, également chez ses grands-parents en Bretagne durant une partie de la guerre. (Mes beaux-parents se rencontreront en région parisienne quinze ans plus tard).

Alors qu’il joue seul dans un champ, il est interpellé par un soldat allemand, probablement de repos ce jour là et qui l’observe depuis un moment.
Dans un français hésitant, le soldat ouvre un petit sac et en sort une friandise qu’il offre à l’enfant.
Qui a du recevoir des consignes de sa famille. Il refuse ce qu’on lui tend, fixe le soldat un instant, puis tourne les talons et part en courant.



70 années (dont 36 mois passés comme soldat lui-même en Algérie) sont passées par là. Et mon beau-père relate toujours ce souvenir avec une pointe d’amertume et de tristesse. En pensant à ce soldat, loin de chez lui, peut-être papa lui-même et qui voulait faire plaisir à cet enfant en pensant probablement au sien. 

 Ces deux souvenirs me permettent d'aborder cette période de l'histoire, à la fois si proche de nous (tous mes correspondants allemands, pourtant nés dans les années 70, ont parlé spontanément de la guerre quand ils étaient chez nous lors des jumelage), mais aussi bien loin, quand je vois le regard de mes deux garçons sur cette guerre, celle d'un autre siècle.

J'espère que mes recherches leur permettront de garder en mémoire ces moments de vie de leurs ancêtres, proches ou lointains.


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6 commentaires:

  1. Ma mère a un souvenir identique de soldats allemands leur offrant du chocolat sur la route de l'exode. Les gamins couraient pour en avoir sous les réprimandes de leurs parents.
    Merci pour ce billet plein d'émotions.

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  2. Ma grand mère disait : "je t'ai eu sale boche", elle cachait ses produits de la ferme dans la landau de ma mère, celle-ci couchée sur la viande. Elle traversait souvent le pont de la Trinité-sur-Mer pour ravitailler quelques connaissances. Le pont était sous contrôle allemand

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  3. J'imaginais bien que ces souvenirs feraient échos à d'autres. Ravi que cet article vous ait plu.

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  4. Des souvenirs précieux. Saleté de guerre ...

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  5. Merci pour cet article qui nous permet de nous rappeler le passé de nos ascendants pas si passé que cela car encore bien vivace dans leurs mémoires...

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  6. C'était vraiment l'objectif. Certes, cela fait un peu proche en évoquant des souvenirs de personnes vivantes, mais en ces temps de commémoration de la guerre 14-18, j'ai trouvé intéressant de mettre en avant ces souvenirs.

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